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Livre&vous 2020 : La fille de l'Espagnole

Beau et féroce premier roman d'une journaliste de 37 ans, née au Venezuela mais installée à Madrid depuis 2006. L'auteure, grâce à une écriture puissante, tendue  comme un cri de colère poussé sur la situation d’un pays taraudé par la violence, la répression, la pauvreté, la corruption,

y raconte les efforts d’Adelaida, l’héroïne terrifiée pour survivre dans un Caracas sens dessus dessous où il n’y a plus ni justice, ni monnaie, ni nourriture ni aucune sécurité.

Entre passé évanoui et présent chaotique, Adelaïda raconte ce que fut sa vie avant de l’abandonner. Entre les balles qui mitraillent, le souvenir de sa mère si prégnant et des tantes qui se chamaillent. Entre les cris et les odeurs pestilentielles, de merde, de mort, de corps, le souvenir des odeurs de prunes, de canne à sucre : l'univers apocalyptique de la barbarie vénézuélienne. 

Bien sûr ce n'est qu'un roman, (« ce n'est pas pour de vrai »)mais un vrai roman servi par une belle plume trempée dans la fange et la mort que la révolution charrie souvent avec elle, inspiré des dernières années de ce Venezuela si riche qui a plongé vers l’abîme. Entre fiction, réalité et témoignage, ce premier roman porte un regard désespéré sur un pays qui a sombré dans le chaos après une enfance dorée, et que l’ancienne classe moyenne cherche à fuir à tout prix.

Un roman qui plonge dans les entrailles de la réalité du pays natal de l'auteure, où la crise politique et l’effondrement économique ont engendré la violence généralisée et la corruption.

Le nom de celui qui gouverne n’est jamais cité (difficile pour autant de ne pas avoir en tête Chavéz ou Maduro), le temps de l’action n’est pas précisé même si quelques dates de naissance des personnages, ici ou là, indiquent qu’il nous est contemporain, et la nature du pouvoir en place n’est pas qualifiée.

Karina Sainz Borgo mêle habilement les thèmes de l’intime et du collectif pour mettre en exergue la perte de repères, d’identité, de patrie, de vie comme un effondrement intérieur. Elle écrit une histoire haletante, alternant les chapitres au présent et ceux, plus mélancoliques, qui évoquent le passé de l'héroine alors que son pays était encore vivable.

Le roman se lit d’une traite, effrayant par la violence qui fait de chaque jour un combat,  « La fille de l’espagnole » est aussi à lire comme une mise en garde de par la fragilité de notre monde.